L’enlisement du Brexit : que faire avec une majorité de « non » ?

Les laborieuses manœuvres du gouvernement conservateur britannique, pour se dépêtrer du piège du Brexit, ressemblent de plus en plus à un supplice chinois.

Une majorité de sujets étaient favorables à une sortie de l’Europe. Au fil du temps, d’ailleurs, les opinions ne varient pas autant qu’on pourrait le penser. Les sondages donnent régulièrement, depuis deux ans, un léger avantage au « remain », mais il faut se souvenir que c’était également le cas, juste avant le vote. Rien à voir, en tout cas, avec la désapprobation croissante qui concerne la manière dont Theresa May a conduit le processus. On en est, aujourd’hui, à deux fois plus d’insatisfaits (un peu ou beaucoup) que de satisfaits (un peu ou beaucoup).

Mis à part le fait qu’un gouvernement en exercice est toujours critiqué, cela souligne cette dure réalité : les pro-Brexit se rendent compte qu’ils n’avaient pas tous la même vision de la sortie et que, par ailleurs, ils n’avaient pas suffisamment anticipé la réalité de certains points durs.

On touche-là du doigt une règle assez étonnante de ce que l’on pourrait appeler la psychologie politique : les opposants à une politique sous-estiment toujours leurs dissensions internes. Un ennemi soude les rangs, mais, quand il disparaît de l’horizon, les divisions laissées en sourdine font un retour brutal.

On peut rire des anglais, mais je me souviens des opposants au traité européen, à l’occasion du référendum français de 2005. Ils disaient tous qu’il convenait de « renégocier » ce traité, mais il était impossible de leur faire entendre qu’ils avaient des raisons à ce point divergentes de vouloir renégocier ce traité, qu’ils ne trouveraient jamais une base commune pour ne serait-ce que faire une proposition de renégociation. Et d’ailleurs rien n’a jamais été renégocié.

Une unité « contre » se transforme difficilement en unité « pour » ; surtout quand cette unité contre s’est construite autour du refus d’un compromis jugé insatisfaisant. Mettre ensemble des adversaires acharnés du compromis n’est pas une mince affaire !

Dit autrement, le dégagisme est une bonne idéologie pour faire la révolution, mais une mauvaise base pour construire, après la même révolution.

Et, puisqu’il faut aussi balayer devant sa porte, les églises issues de la Réforme ont parfois, elles aussi, découvert cette réalité à leurs dépends. Luther, le premier, s’est assez vite rendu compte qu’il avait fédéré des mécontents qui n’étaient pas mécontents de la même manière que lui ! Le résultat fut brutal et plusieurs massacres en résultèrent. Par la suite, les églises protestantes ont toujours couru après une unité inaccessible. Que faire une fois qu’une dispersion des convictions et des opinions est apparue au grand jour ?

Il est intéressant de voir que, dans certains pays marqués par le protestantisme, une pratique régulière de la recherche du consensus, s’est développée, et pas seulement dans le champ politique (en Allemagne, en Suisse, dans les pays Nordiques, par exemple). On cherche un accord temporaire qui ne présuppose pas un accord complet. Mais en Angleterre et aux Etats-Unis on a plutôt accepté l’idée d’une société éclatée entre des communautés qui s’ignorent assez largement. Tout cela est dit à grands traits, mais on en voit incontestablement la marque, aujourd’hui encore.


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